Le SNJ-CGT alerte sur « l’urgence sociale dans les médias »

0  -  Article mis à jour le 22 avril 2019

Lors d’un rassemblement mardi 2 avril devant le ministère de la Culture, qui a reçu une délégation du SNJ-CGT, le syndicat a mis en avant la situation préoccupante dans les médias. « On peut estimer que 2 000 emplois de journalistes sont menacés dans les prochains mois en France », prévient son secrétaire général, Emmanuel Vire. Extraits des prises de parole.

Yves Corteville, SNJ-CGT Mondadori France :

« J’appartiens à un groupe, Mondadori France [Auto Plus, Top Santé, Closer, Télé Star, Le Chasseur français, Science et Vie…], où mille emplois sont menacés, par la vente à un margoulin, Reworld Media, qui va dézinguer les titres. Si aujourd’hui le ministère ne nous entend pas, c’est l’ensemble des titres de presse magazine et de presse en général qui vont s’étioler. »

« L’information-consultation engagée chez nous est assez lamentable. Nous avons posé plus de 200 questions aux directions de Reworld Media et Mondadori, sur le maintien des titres, des emplois… Si 50 % d’une rédaction ou d’un service part, que se passera-t-il ? Nous n’avons pas de réponses. Le système Reworld Media, c’est de faire faire ses titres par des sociétés extérieures, quasiment sans journalistes, avec des gens malléables, payés au lance-pierre, en auto-entrepreneurs… Si on se mobilise, Reworld Media et Mondadori devront en tenir compte. Quoi qu’il advienne, on luttera contre la dislocation des titres. »

« Il y a une réflexion sur la création d’un conseil de presse. Chiche, mais alors parlons des emplois qui n’en sont plus, de l’auto-entrepreneuriat, des gens sous-payés à qui on demande de travailler dans des conditions lamentables… Voilà les vraies questions de déontologie de la presse. »

 

Vadim Kamenka, SNJ-CGT l’Humanité :

« Aucun titre de presse n’arrive à l’équilibre, sauf ceux adossés à un grand groupe. La mise en redressement judiciaire de l’Humanité prononcée le 7 février inquiète les 175 salariés de l’entreprise [dont 114 journalistes] . Deux administrateurs judiciaires ont été nommés. Aujourd’hui, on arrive à être unis, tous syndicats confondus et si nous existons encore, c’est grâce à nos amis et lecteurs, avec une souscription qui a réuni deux millions d’euros et 3 000 nouveaux abonnements dans la dernière période. On va néanmoins devoir faire face à un PSE [plan de sauvegarde de l’emploi] dont on ne connaît pas l’ampleur. Il faut se mobiliser pour sauver des emplois et que l’Humanité vive. A l’heure où on parle de « fake news » et d’infox, sans journalistes à même d’exercer leurs métiers, on sera encore davantage dans la course aux fausses nouvelles.

 

Philippe Faye, CGT AFP :

« Aujourd’hui, à l’AFP, un plan social est mis en place. Au départ, il prévoyait 125 suppressions de postes à la rédaction et dans les services techniques. Aujourd’hui, c’est 95, mais c’est impossible pour fonctionner et informer normalement. Il faut que l’Etat joue son rôle. La mission d’intérêt général que nous remplissons n’est pas financée à 100 % ; on ne peut donc pas être à l’équilibre. L’Etat a accepté de verser une subvention exceptionnelle de 17 millions d’euros, mais dont environ 11 millions pour financer des départs. C’est inacceptable. »

 

Véronique Marchand, SNJ-CGT France Télévisions :

« France Télévisions est dans l’œil du cyclone depuis un bon moment. Sur le budget 2019, on nous retire 160 millions d’euros mais en fait, avec les diverses économies, on arrive à 400 millions d’ici 2022. Gérald Darmanin [ministre de l’Action et des Comptes publics] a lancé un ballon d’essai concernant la suppression de la redevance audiovisuelle. Oui, c’est un impôt de 1932 ; oui, tout le monde est d’accord pour revoir le financement du service public de l’audiovisuel, mais plutôt en pérennisant et en pluri-annualisant son budget. Ce n’est pas avec moins d’argent qu’on y arrivera. »

« Nous sommes soumis à des injonctions contradictoires : on nous demande deux fois plus de programmes régionaux et trois fois plus d’information, mais en nous supprimant de la matière grise et des moyens. Une rupture conventionnelle collective est en négociation à France Télévisions et le gouvernement a demandé à l’entreprise de faire partir 2 000 personnes, qui ne seront pas toutes remplacées. Nous sommes déjà passés de 10 800 salariés à 9 500 [dont 8 600 CDI] en quelques années. La réalisation de l’émission Thalassa va partir au privé, Un jour un livre aussi… Ce qui se passe actuellement dans les médias n’est vraiment pas le meilleur service à rendre à la démocratie. Nous sommes tous associés dans un même combat. »

 

Jérôme Capon, SNJ-CGT Plurimédia :

« Nous sommes une agence de presse [spécialisée dans les contenus liés à la télévision, au cinéma, aux spectacles vivants et aux loisirs] que Lagardère a revendue il y a un mois au groupe polonais Media Press. Nous avons déménagé hier de Levallois-Perret à Colombes. Les conditions de travail sont déjà dégradées. Nous n’avons même pas eu la possibilité de faire jouer la clause de cession. Ils disent vouloir ouvrir quelques ruptures conventionnelles mais dans des conditions minimales et floues. Ils ont reconnu avoir une équipe française en Pologne et qu’une partie du travail pourrait s’y faire. D’ailleurs, quand nous avons fait trois jours de grève en février [avant la signature de la vente de Lagardère à Media Press], du travail a été sous-traité en Pologne. »

 

Emmanuel Vire, secrétaire général du SNJ-CGT :

« C’est le quatrième rassemblement devant le ministère de la Culture. Que va-t-il faire ? On voit, notamment avec les gilets jaunes, comment l’information est discréditée. Comment accepter que les rares quotidiens indépendants comme l’Humanité disparaissent ? La seule chose qui les ennuie [au ministère de la Culture], c’est quand l’Humanité explique avoir perdu un million d’euros d’aides de l’Etat. A part ça, ils n’ont pas de solution à proposer… Les plus hautes autorités ont-elles intérêt à voir disparaître un quotidien comme l’Humanité ? Globalement, on peut estimer que 2 000 emplois de journalistes sont menacés dans les prochains mois en France. »

Concernant les déclarations de Gérald Darmanin sur la suppression de la redevance : « La réponse du ministère, c’est que c’est une sortie personnelle de Darmanin. Mais une sortie personnelle qu’il a quand même répétée hier sur France Inter ! »

Propos recueillis par Ludovic Finez
Photos Thomas Koller

Lire la lettre envoyée par le section SNJ-CGT de l’Humanité à Emmanuel Macron

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