Stop à l’usurpation de la qualité de «lanceur d’alerte» par l’extrême droite!

0  -  Article mis à jour le 6 mars 2026

Tribune de la Maison des lanceurs d’alerte*

Le terme de «lanceur d’alerte» est de plus en plus utilisé dans le débat public par des responsables ou des partis politiques qui cherchent à s’en revendiquer, à l’image du Rassemblement National (RN). Cette instrumentalisation brouille le sens d’un mot pourtant précisément défini par la loi. Il est donc nécessaire de rappeler ce que recouvre réellement ce terme, et pourquoi il ne peut être revendiqué à la légère.

Après la mort de Jean-Marie Le Pen le 7 janvier 2025, plusieurs responsables du Rassemblement national, largement relayés par CNews et BFMTV, ont orchestré une véritable campagne de réhabilitation dans le but de le faire passer pour un soi-disant «lanceur d’alerte» sur «l’immigration de masse». Or, ses prétendues «alertes» relèvent en réalité d’un discours appelant à la haine, à la violence et à la discrimination, condamné à plusieurs reprises en vertu d’une législation toujours en vigueur.

Marine Le Pen, Jordan Bardella, voire le Rassemblement National dans son ensemble, se revendiquent désormais «lanceurs d’alerte», un terme repris en boucle dans leurs communications.

Marine Le Pen, Jordan Bardella, voire le Rassemblement National dans son ensemble, se revendiquent désormais «lanceurs d’alerte», un terme repris en boucle dans leurs communications. D’autres figures politiques, partis ou associations d’extrême droite s’approprient la même terminologie, à l’image d’Éric Zemmour, de Sarah Knafo, du collectif Némésis ou encore de l’ASLA, l’Association de Soutien aux Lanceurs d’Alerte de droite, qui y rattache les opinions «dérangeantes pour le gouvernement en place ou la gauche». Ce glissement sémantique ne doit rien au hasard. Il porte un imaginaire particulièrement puissant: celui d’une personne courageuse parfois élevée au rang de héros national. Un imaginaire que certain·es acteurs et actrices politiques instrumentalisent aujourd’hui à des fins clairement électorales. 

Cette usurpation est une insulte aux lanceurs et lanceuses d’alerte que défend notre association: la Maison des Lanceurs d’Alerte (MLA). 

Cette usurpation est une insulte aux lanceurs et lanceuses d’alerte que défend notre association: la Maison des Lanceurs d’Alerte (MLA). 

Lancer l’alerte ne consiste pas à occuper l’espace médiatique. C’est, au contraire, s’exposer à de lourdes mesures de représailles et d’intimidations. Lorsque l’alerte s’inscrit dans le cadre professionnel, ces risques peuvent prendre la forme de sanctions disciplinaires, d’un licenciement, voire de poursuites judiciaires. C’est précisément pour cette raison que le lanceur d’alerte recherche plutôt l’anonymat que les projecteurs.

Être lanceur d’alerte correspond à un statut juridique, ouvrant droit à une protection spécifique strictement encadrée par la loi du 9 décembre 2016 dite loi Sapin 2, modifiée par la loi du 21 mars 2022. La loi pose des conditions claires. 

Être lanceur d’alerte correspond à un statut juridique, ouvrant droit à une protection spécifique strictement encadrée par la loi du 9 décembre 2016 dite loi Sapin 2, modifiée par la loi du 21 mars 2022. La loi pose des conditions claires. 

Le lanceur d’alerte doit tout d’abord être une personne physique, ce qui exclut de fait les personnes morales, et donc les partis politiques. Il doit avoir eu personnellement connaissance des faits, agir sans être rémunéré et de bonne foi. Puis, les faits qu’il révèle doivent porter sur un crime ou un délit, une menace ou un préjudice pour l’intérêt général, ou encore une violation du droit national, du droit de l’Union européenne ou d’un engagement international. 

Il ne revient pas à la personne qui alerte de qualifier seule ces faits: c’est aujourd’hui au juge qu’il appartient de déterminer s’ils constituent une menace ou un préjudice pour l’intérêt général. 

Surtout, il ne revient pas à la personne qui alerte de qualifier seule ces faits: c’est aujourd’hui au juge qu’il appartient de déterminer s’ils constituent une menace ou un préjudice pour l’intérêt général. Un rappel qui n’est pas inutile au regard des attaques répétées contre l’autorité judiciaire proférées par le Rassemblement National.

Ainsi, l’intérêt général est au cœur de la notion de lanceur d’alerte. Pour notre association, il est indissociable de l’exercice du contrôle citoyen sur les institutions démocratiques et les acteurs économiques, et de l’égalité de toutes et tous devant la loi.

Lorsque Irène Frachon révèle la dangerosité du Mediator, un médicament prescrit contre le diabète, elle met au jour un scandale sanitaire majeur: le laboratoire Servier en connaissait sa nocivité dès 1995, mais en a poursuivi sa commercialisation.

Lorsque Irène Frachon révèle la dangerosité du Mediator, un médicament prescrit contre le diabète, elle met au jour un scandale sanitaire majeur: le laboratoire Servier en connaissait sa nocivité dès 1995, mais en a poursuivi sa commercialisation. Cette décision a causé au moins 2.000 décès et des dizaines de milliers de complications graves, dont le coût a été supporté par la collectivité et les familles des victimes, tandis que le groupe accumulait les bénéfices. L’impact de cette alerte sur l’intérêt général est incontestable. Servier ne sera pourtant condamné qu’en 2023, soit plus de quinze ans après la première alerte.

La récupération du terme «lanceur d’alerte» à des fins politiques est donc non seulement juridiquement infondée, mais profondément irrespectueuse à l’égard de celles et ceux qu’il désigne réellement.

C’est précisément parce que la Maison des Lanceurs d’Alerte accompagne et protège ces personnes que nous tenons à réaffirmer la portée, la valeur et l’exigence attachées à ce mot. Défendre son bon usage, c’est défendre celles et ceux qui prennent des risques pour faire émerger la vérité et protéger le bien commun.

Le 5 mars 2026.

*Le SNJ-CGT est membre de la MLA.

 

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