L’intersyndicale « L’Équipe »-Presse Sports réagit à l’interview de Rolf Heinz dans « Le Figaro »

0  -  Article mis à jour le 30 mars 2026

Communiqué de l’intersyndicale de « L’Équipe »-Presse Sports

L’intersyndicale L’Équipe/Presse Sports (SNJ, SNJ-CGT, BP-Ufict-CGT) tient à apporter quelques rectificatifs et précisions à l’article du Figaro paru ce jeudi 26 mars: «Rolf Heinz: « Le projet de croissance de L’Équipe implique des transformations. »»

Rolf Heinz: «Je vais continuer à travailler avec une porte ouverte»

La réalité: Rolf Heinz n’est pas venu en CSE depuis celui du 16 décembre 2025, soit plus de 3 mois, pour la dernière réunion extraordinaire sur le projet de réorganisation. Depuis, aucun dialogue n’a été entamé par la direction pour comprendre le malaise au sein de la rédaction, aucune proposition n’a été faite pour revoir le plan de réorganisation avec les salariés. Rolf Heinz a même nommé trois directeurs «délégués» de la rédaction pour appliquer son plan. Trois personnes qui sont en responsabilité depuis plus de vingt ans, qui ne dialoguent pas, et qui n’incarnent vraiment pas la «transformation» vantée par le DG mais qui savent obéir.

Au-delà des mots, il y a les faits: jamais un directeur général de L’Équipe n’est venu aussi peu en CSE que Rolf Heinz.

Rolf Heinz n’a pas daigné assister au CSE du 25 mars, alors que ses orientations stratégiques, figuraient à l’ordre du jour. Initialement prévue le lendemain, cette réunion avait été avancée en raison du séminaire « Vision 2030 » que la direction a décidé de caler précisément ce jeudi 26 mars. Pour autant, Rolf Heinz a encore séché ce temps de débat avec les élus, la direction prétextant un «agenda surchargé» pour justifier son absence. Voilà le vrai sens de la formule «porte ouverte» selon Rolf Heinz, un directeur général qui a le sens des priorités.

Au-delà des mots, il y a les faits: jamais un directeur général de L’Équipe n’est venu aussi peu en CSE que Rolf Heinz.

Rolf Heinz: «Elargir le terrain de jeu»

La réalité: C’est son mantra depuis qu’il est arrivé, mais s’il était honnête, il dirait plutôt, «élargir l’audience, rétrécir la masse salariale».

Depuis l’arrivée de Rolf Heinz en juin 2024, la SAS L’Équipe est passée de 322 à 309 salariés (chiffres de février 2026), soit 13 postes en moins.

Depuis l’arrivée de Rolf Heinz en juin 2024, la SAS L’Équipe est passée de 322 à 309 salariés (chiffres de février 2026), soit 13 postes en moins. De nombreux départs (retraite, décès, ruptures conventionnelles, licenciements pour inaptitude) n’ont pas été remplacés. À périmètre constant, L’Équipe a perdu une vingtaine de postes depuis son arrivée. Et ça ne risque pas de s’arrêter. «Produire toujours plus, avec toujours moins de moyens», voilà le vrai mantra de Rolf Heinz.

Le Figaro: «Le journal a adopté une nouvelle organisation pour livrer des articles sur le site tout au long de la journée»

La réalité: Tous les lecteurs de L’Equipe peuvent en attester, nous n’avons pas attendu Rolf Heinz pour publier des articles tout au long de la journée sur le site. Son arrivée a marqué cependant l’avènement de la politique productiviste au détriment de la qualité et de la hiérarchisation de l’information. 125 articles par jour, voilà l’objectif à tenir côté digital, le tout sans renfort côté édition et avec une ligne éditoriale de plus en plus floue, au risque de multiplier les erreurs et approximations, sans émouvoir pour autant la direction qui ne jure que par les chiffres.

Le Figaro sur Mathias Gurtler:  «Refroidi par l’hostilité de la rédaction, ce journaliste reconnu a préféré prendre le champ immédiatement.»

La réalité: Mathias Gurtler a été visé par une motion de défiance de la part de la rédaction votée à plus de 92%. Cette quasi-unanimité dans la rédaction est surtout le signe d’une erreur de casting.

Débarqué de Gala, Mathias Gurtler est arrivé sans connaître ni L’Équipe, ni le sport, ni la presse quotidienne. En quelques mois, il a multiplié les erreurs.

Débarqué de Gala, Mathias Gurtler est arrivé sans connaître ni L’Équipe, ni le sport, ni la presse quotidienne. En quelques mois, il a multiplié les erreurs – notamment en bloquant la publication d’enquêtes – et a effectivement braqué la quasi-totalité des journalistes de la rédaction, qui l’ont finalement poussé vers la sortie.

Rolf Heinz: «Le départ de Mathias Gurtler n’a pas remis en cause le plan stratégique et le relais a parfaitement été assuré par la nouvelle direction de la rédaction.»

La réalité: Sur ce point, nous ne pouvons qu’être d’accord avec notre directeur général. Et c’est bien le problème. Pour rappel, lors du vote précédant la motion de défiance à l’encontre de Mathias Gurtler, 88,42% des salariés avaient signifié leur insatisfaction face au plan de réorganisation. Pour autant, loin de prendre en considération ces avis, la direction a maintenu son projet tel quel.

Le Figaro: «Rolf Heinz est tout aussi satisfait de l’élargissement de la ligne éditoriale vers les « dimensions politiques et sociétales » du sport. Plus que la réorganisation du journal, c’est cette partie du plan qui a suscité une levée de bouclier chez les « Ultras » de la rédaction, qui ne jurent que par le sport, le sport, le sport, à commencer par le foot.»

La réalité: Qui sont ces «Ultras» dont parle Le Figaro? À notre connaissance aucune levée de bouclier ni craquage de fumigènes n’a eu lieu au sein de la rédaction. Par ailleurs, L’Équipe traite des dimensions sociétales et politiques du sport depuis bien avant l’arrivée de notre directeur général. Eh non, les journalistes de L’Équipe ne jurent pas que par le foot. Juste pour vous donner un ordre d’idée, le service foot est composé de 39 journalistes en CDI, quand celui de l’omnisport en compte une cinquantaine.

L’Équipe traite des dimensions sociétales et politiques du sport depuis bien avant l’arrivée de notre directeur général.

Étonnant pour une rédaction qui ne jure que par le foot… La direction se plait à laisser croire à l’extérieur que la rédaction serait opposée aux évolutions, et au développement de L’Équipe. Bien au contraire! Les salariés et les élus ont prouvé depuis des années leur capacité d’adaptation et réclament simplement une adéquation entre les ambitions affichées et les moyens alloués (suppression de postes au global, réduction des budgets reportage…) et s’opposent à une dégradation de leurs conditions de travail.

Rolf Heinz et Le Figaro: «Aujourd’hui le sport est au cœur de tous les sujets de société, insiste le directeur général, qui enverra la plus grande délégation de la presse française couvrir la Coupe du monde de foot aux États-Unis.»

La réalité: L’Équipe est le seul quotidien national de sport en France. Il paraît donc évident que ce sera le média français le plus représenté lors de la Coupe du monde aux États-Unis, l’un des événements les plus importants du monde du sport. L’inverse serait inquiétant.

Rolf Heinz: «On continuera à recruter, promet le directeur général, rappelant que le groupe a créé l’an passé 14 postes à la rédaction, dont 10 à la vidéo.»

La réalité: Cela est factuellement faux. Sur les «10 postes à la vidéo» cités, huit l’ont été aux réseaux sociaux. Et ce ne sont pas des recrutements mais des transferts de postes de L’Équipe 24.

Sur les «10 postes à la vidéo» cités, huit l’ont été aux réseaux sociaux. Et ce ne sont pas des recrutements mais des transferts de postes de L’Équipe 24.

Ces salariés travaillaient déjà pour la mise en avant des contenus de L’Équipe. Ce transfert du service des réseaux sociaux de L’Équipe 24 à la SAS L’Équipe a surtout pour objectif de diminuer au maximum la masse salariale de L’Équipe 24 (propriétaire de la chaîne TV), largement déficitaire et qui va devoir remettre en jeu sa fréquence TNT en 2027. Seules deux embauches ont été effectuées au service vidéo, côté édition.

Rolf Heinz: «Garder une rigueur sur les coûts.»

La réalité: C’est bien là notre problème. L’Équipe aurait besoin d’investir pour accélérer son passage au digital et renforcer son offre. La direction ne cesse de répéter que notre groupe va mal. Or, si l’on exclut L’Équipe 24 et sa chaîne TV, largement déficitaire, la SAS L’Équipe et son journal se portent plutôt bien et le résultat opérationnel pourrait bien être positif en 2025, «année sans grande compétition» comme aime nous le rappeler notre directeur général.

Le groupe Amaury se porte très bien si l’on considère les dizaines de millions d’euros de dividendes que se versent nos actionnaires chaque année.

Et si l’on voit plus large, le groupe Amaury se porte très bien si l’on considère les dizaines de millions d’euros de dividendes que se versent nos actionnaires chaque année. Des millions qui pourraient aider L’Équipe à renforcer sa place de référence dans le journalisme sportif. Force est de constater que c’est l’inverse qui se passe.

Le Figaro: «Les salaires moyens à L’Équipe sont réputés pour être dans la fourchette haute de la profession.»

La réalité : S’il est vrai qu’il y a trente ans, L’Équipe et TF1 pointaient en tête au niveau des salaires de leurs journalistes, la situation a beaucoup évolué, notamment en ce qui nous concerne. L’Équipe doit être l’un des seuls quotidiens à avoir vu baisser son salaire d’embauche, réévalué depuis mais toujours inférieur pour certaines fonctions à ce qu’il était précédemment. Outre l’aspect peu confraternel, il serait intéressant de savoir à partir de quelles sources Le Figaro s’est appuyé pour affirmer que les salaires des journalistes à L’Équipe figuraient dans la moyenne haute. Rolf Heinz ou son directeur de la communication?

Il faut toujours comparer ce qui est comparable. Quel quotidien national sort 7 jours sur 7 et boucle tous les jours, week-end compris donc, à minuit passé?

D’une manière générale, il faut toujours comparer ce qui est comparable. Quel quotidien national sort 7 jours sur 7 et boucle tous les jours, week-end compris donc, à minuit passé? Par ailleurs, il est important de préciser que les chiffres avancés par notre direction font toujours référence à un salaire brut annuel (13e mois et ancienneté comprise) divisé par 12. De plus, il est calculé à partir d’une moyenne de l’ensemble des salaires dont le spectre est très large à L’Équipe, pouvant aller d’un rapport de 1 à 4. Ce calcul par moyenne invisibilise les grandes disparités salariales au sein de l’entreprise.

Le Figaro: «L’enveloppe proposée pour 2026 est largement supérieure à l’inflation.»

La réalité: Voilà encore une vision des choses totalement biaisée. La direction agrège dans sa «politique salariale» les primes d’ancienneté (fruit d’une négociation nationale d’il y a plus de quarante ans à tous les employeurs), les augmentations collectives et les augmentations individuelles. En agrégeant tout ça, elle obtient 1,5% d’augmentation de la masse salariale contre 0,9% d’inflation en 2025, année la moins inflationniste depuis 2020.

Les augmentations collectives ne concerneraient même pas 30 personnes, sur les plus de 300 salariés que compte l’entreprise.

Sachant que les augmentations individuelles représentent 0,8% de la masse salariale et les augmentations collectives seulement 0,3%. Sans oublier que ces augmentations collectives ne concerneraient même pas 30 personnes, sur les plus de 300 salariés que compte l’entreprise (lire ici)… Ainsi en 2025, 122 salariés n’ont touché aucune augmentation, soit un tiers de l’entreprise. Et lorsque l’inflation a dépassé les 5% deux années de suite, les hausses de salaire n’ont pas suivi, loin de là, provoquant une perte de pouvoir d’achat conséquente.

À L’Équipe, on connaît le sens du mot «collectif».

Le 28 mars 2026.

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