Décès de Gérald Bloncourt

Article mis à jour le 2 novembre 2018

Photographe et ancien reporter, Gérald Bloncourt était aussi un artiste aux multiples talents : écrivain, poète, peintre, photographe, graveur, sculpteur. L’artiste haïtien est décédé alors qu’il allait avoir 92 ans. Il  avait été adhérent du SNJ-CGT de nombreuses années. Il laisse une œuvre multiple, poétique et révolutionnaire et 200 000 clichés sur le monde du travail. Lors de notre exposition en septembre sur « Mai 68 dans les usines » à Visa pour l’image, nous avions exposé des clichés de Gérald.

 

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« C’était un conteur extraordinaire et aussi un militant très dur », a dit sa femme, Isabelle Repiton, en référence à l’engagement sans faille du photographe, dont l’oeuvre raconte un demi-siècle de mémoire ouvrière et immigrée.

« Son rêve de jeunesse, ça aurait été d’être peintre. Mais il était trop militant et actif », a-t-elle ajouté. Malade depuis trois ans, « il a toujours continué à écrire, à dessiner », a souligné son épouse.

Gérald Bloncourt avait achevé en avril une fiction aux accents autobiographiques, dans lequel « il livre une sorte de son testament aux générations futures d’Haïti ».

« Il est resté viscéralement attaché à son île », a poursuivi sa femme. « En 1986, quand la dictature tombe, il créé un comité pour faire juger les Duvalier. Il a fait tout ce qu’il a pu pour que ce type ne meure pas tranquille. C’est un combat qu’il n’a jamais lâché ».

Une exposition lui est consacrée à Roubaix, où il a photographié la vie ouvrière dans le nord de la France des années 1950 à 1970.

Enfant métis de parents français, né le 4 novembre 1926 dans le sud d’Haïti, il crée en 1944 avec l’aquarelliste américain DeWitt Peters et d’autres intellectuels le Centre d’art d’Haïti, pour la promotion de la création artistique.

Deux ans plus tard, en janvier 1946, il est l’un des leaders de la révolution des Cinq Glorieuses. En cinq jours, le pouvoir est renversé mais la junte qui s’installe traque les jeunes communistes. Gérald Bloncourt est expulsé.

A Paris, il obtient des papiers sous la protection d’Aimé Césaire et se met à la photo. Embauché par L’Humanité, il découvre les immenses bidonvilles de la région parisienne.

Devenu reporter indépendant en 1958, il couvre la manifestation anti-OAS du 8 février 1962 qui fit neuf morts au métro Charonne.

Il suivra la construction de la tour Montparnasse (1969-1973) « étage par étage » et se fondra dans la communauté portugaise, dont le destin lui tient à coeur. « Il s’est mis à photographier les conditions de travail », résume sa femme.

Il est à Lisbonne pour la Révolution des œillets en 1974 et immortalise les capitaines d’avril.

Les funérailles auront lieu le 5 novembre au cimetière du père Lachaise, à Paris.

afp

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