Carton rouge pour la préfecture du Doubs, carton jaune pour les journalistes trop pressés…

0  -  Article mis à jour le 11 mai 2019

Communiqué du SNJ-CGT de France Télévisions

Des hordes de gilets jaunes qui s’attaquent au commissariat de Besançon en marge de la manif du 1er mai ! Plus vite qu’un feu qui démarre dans un monument sacré, l’infox a fait la une des éditions web radio et télé en continu pendant plusieurs heures. De quoi gonfler facilement l’audience et alimenter la polémique ! ! ! Mais l’info était fausse…

« Manifestations calmes en province sauf à Besançon où 200 à 300 gilets jaunes se sont attaqué au commissariat » : C’est l’information sans autre commentaire donnée en début d’après-midi mercredi 1er mai sur une radio nationale du service public. Au même moment des chaînes d’infos en continu et plusieurs sites internet se font les relais de ces « actes de violence inadmissibles ».

Puis un tweet d’un journaliste de Franceinfo.fr a mis le feu aux poudres. Il s’agirait d’une information de source préfectorale, confirmée deux fois par la suite et vite reprise par de nombreux média. A aucun moment ce journaliste n’a pris soin de contacter ses collègues de la rédaction régionale de Franche-Comté couvrant l’événement. Une précaution élémentaire qui aurait évité un grave dérapage et que n’a pas commis Info Vidéo 3 (la rédaction parisienne de France 3 qui travaille pour les régions, NDLR), qui s’est informé directement sur le terrain.

Dans le JT régional du soir le reportage parle de « deux ou trois téméraires qui ont tenté de faire quelques pas dans la cour du commissariat ». Rien à voir avec une attaque en règle ! ! ! D’ailleurs, cet épisode n’a donné lieu à aucune interpellation.

« Salpêtrière sur Doubs » et quelques réflexions…

1. La Préfecture du Doubs n’est plus une source crédible. A Besançon comme dans d’autres services de l’Etat, de hauts fonctionnaires zélés prennent les journalistes pour de simples relais au mépris le plus élémentaire de la vérité. Bizarrement ce dérapage bisontin s’est déroulé pratiquement au même moment que l’affaire de l’hôpital parisien de la Salpêtrière qui a obligé le ministre de l’Intérieur à une repentance tardive.

2. Le principe de base de notre métier est de collecter des informations, de les vérifier et de recouper des sources. Et tant pis si ces vérifications doivent retarder la publication de quelques minutes voire de quelques heures. Il en va de notre crédibilité et de la vivacité de la démocratie dans un pays qui aime tant donner des leçons mais qui stagne dangereusement dans les classements de la liberté de la presse. Trente-deuxième au dernier baromètre mondial de Reporters sans Frontières derrière la Jamaïque, la Namibie et la Lituanie et carrément largué par les leaders scandinaves.

3. Depuis six mois cette crise des gilets jaunes secoue beaucoup de nos préjugés. Elle nous oblige à bien plus de rigueur, à nous interroger sur nos pratiques professionnelles (Non, en matière de journalisme il n’y a pas que Paris et le désert français !), et certainement aussi à reconsidérer la fiabilité de certaines sources… officielles.

Paris, le 6 mai 2019

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