Merci Marcel !

1  -  Article mis à jour le 23 septembre 2020

Communiqué du SNJ-CGT

Avec le décès, ce 18 septembre, de Marcel Trillat, c’est un immense journaliste qui vient de nous quitter, à l’âge de 80 ans. Mais c’est d’abord pour ses camarades, ses amis du SNJ-CGT, une douleur inconsolable. Et l’occasion de revenir sur une carrière de journaliste exceptionnel, aujourd’hui, bien sûr, saluée par tous.

Marcel était d’abord le symbole du combat pour l’indépendance de l’audiovisuel public.

Marcel était d’abord le symbole du combat pour l’indépendance de l’audiovisuel public. Après avoir débuté au magazine « Cinq colonnes à la une », en 1965, il est l’un des acteurs de la grève de l’ORTF, entre le 17 mai et le 12 juillet 1968. Pigiste, il fera partie des journalistes black-listés. Ce n’est qu’en 1981, après l’arrivée de la gauche au pouvoir, que lors des négociations de la nouvelle convention collective de l’audiovisuel, le SNJ-CGT et le SNJ exigeront en préalable que Marcel et sept autres journalistes encore en activité soient réintégrés. Ce qui sera fait.

« Nous sommes convoqués par petits groupes de quinze et les sanctions tombent. C’est la plus grosse répression qu’on ait jamais connue. »

Un épisode qu’il avait raconté dans le numéro 69 de notre revue Témoins, consacré au « Mai 68 des journalistes » : « Nous sommes convoqués par petits groupes de quinze et les sanctions tombent. C’est la plus grosse répression qu’on ait jamais connue. Une centaine de journalistes parmi les statutaires sont licenciés, et non des moindres : Frédéric Pottecher, Maurice Séveno, Roger Couderc, Robert Chapatte… Des magazines comme « Cinq colonnes à la une », pourtant la fierté de la télévision française, sont supprimés. Une liste noire des pigistes qu’il ne faut plus faire travailler est établie. J’en fais partie. Je vais galérer pendant des années avant de retrouver un poste en 1981 à Antenne 2. La répression est la même à France Inter. Édouard Guibert, élu du SNJ, donc salarié protégé, n’est pas licencié mais plus aucun travail ne lui sera confié. Pendant sept ans, tous les matins, il va voir son rédacteur en chef : « Il y a du boulot pour moi ? » « Non. » Alors il regagne les bureaux de son syndicat. Les journalistes de l’ORTF n’ont rien obtenu, du moins dans l’immédiat, car il a fallu attendre l’arrivée de la gauche au pouvoir pour bénéficier de quelques ouvertures. Mais rien n’est jamais gagné. La liberté de l’information est un combat permanent. C’est sans doute la leçon de 68. »

En 1981 il entre enfin à Antenne 2, jusqu’à en devenir, huit ans plus tard, directeur adjoint de l’information, après une mise au placard en 1986 avec le retour de la droite aux affaires.

En 1981 il entre enfin à Antenne 2, jusqu’à en devenir, huit ans plus tard, directeur adjoint de l’information, après une mise au placard en 1986 avec le retour de la droite aux affaires. Car Marcel ne transigeait pas avec les principes éthiques de notre profession. Comme en 1991 où, « embedded » (embarqué avec l’armée) lors de la guerre du Golfe, il dénonce en direct dans le 20 heures l’impossibilité de faire honnêtement son métier, à cause des manipulations et du contrôle de l’information. « J’y suis allé. Quand j’ai vu comment ça se passait, sur place, j’ai poussé un coup de gueule en direct, qui a fait un certain bruit. C’est là que je me suis retrouvé à Moscou. J’ai dit à Hervé Bourges, le patron de la chaîne à l’époque, que la droite était beaucoup plus sympa parce que lorsqu’elle a voulu se débarrasser de moi [au moment de la cohabitation Mitterrand-Chirac, entre 1986 et 1988] elle m’a expédié à Rome. La gauche, elle, m’envoie à Moscou ! », raconte-t-il dans une interview au site du Journal des activités sociales de l’énergie.

Combattant acharné pour l’indépendance de l’audiovisuel public, auquel il a tant donné, il est l’un des acteurs du combat de la CGT au sein de France Télévisions, dont il fut administrateur élu par les salariés, entre 2001 et 2006, année de son départ en retraite. Avec Charly Kmiotec, Jean-François Téaldi et tant d’autres, il a permis à la CGT et à son syndicat, le SNJ-CGT, d’être et de demeurer la première organisation syndicale à France télévisions.

Aujourd’hui, Marcel est présenté dans les nécrologies publiées par certains médias dominants comme « journaliste et militant ». Comme s’il fallait être militant pour évoquer le monde ouvrier, la précarité, l’immigration…

Aujourd’hui, Marcel est présenté dans les nécrologies publiées par certains médias dominants comme « journaliste et militant ». Comme s’il fallait être militant pour évoquer le monde ouvrier, la précarité, l’immigration… Marcel était d’abord journaliste et souhaitait montrer « l’envers du décor », parler de celles et ceux dont on ne parle jamais et surtout leur donner la parole. C’est un des fils rouges de sa carrière. Son œuvre est empreinte d’un profond humanisme mais aussi au service de notre volonté d’émancipation des femmes et des hommes. Pour ne citer que quelques titres : « 300 jours de colère », « Femmes précaires », « Les prolos », « Silence dans la vallée », « Des étrangers dans la ville », des documentaires produits par son ami et compère Jean Bigot, de Rouge Prod.

Et Marcel, c’est bien sûr aussi Radio Lorraine Cœur d’Acier, première grande radio libre, mise en place par la CGT en 1979 pour la sauvegarde de la sidérurgie.

Et Marcel, c’est bien sûr aussi Radio Lorraine Cœur d’Acier, première grande radio libre, mise en place par la CGT en 1979 pour la sauvegarde de la sidérurgie. Avec son compère Jacques Dupont, ils animent pendant un an et demi cette expérience unique de radio au service de la population et des salariés en lutte. Pourchassée par les autorités, la radio est protégée par la population et le curé de Longwy. Quand la CGT décide d’arrêter la radio, c’est un déchirement pour beaucoup et pour Marcel en particulier. En 2012, Marcel, avec le soutien du syndicat, avait participé à la publication d’un coffret DVD, titré Un morceau de chiffon rouge, édité par La Nouvelle Vie Ouvrière, qui avait rendu hommage à cette expérience en reprenant un grand nombre d’émissions, mais aussi permis de surmonter les incompréhensions de l’époque.

Le SNJ-CGT, la CGT, les premiers de corvée, les réfugiés, tous ceux qui luttent, perdent un grand militant, un ami, un frère pour beaucoup de camarades. Nous présentons à sa famille, à son fils et à ses proches nos plus fraternelles condoléances et nous sommes à leurs côtés en ce triste moment.

Salut Marcel !

Montreuil, le 19 septembre 2020.

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Lire le communiqué de la CGT « Marcel Trillat n’est plus : la classe ouvrière perd une de ses grandes voix »

1 réaction

  1. Bonjour le SNJ-CGT,
    Un petit message pour dire ma profonde tristesse suite à la disparition de Marcel Trillat. J’avais 14 ans lors de la liquidation (l’assassinat) de la sidérurgie dans le bassin de Longwy. Mon père bossait aux Hauts-fourneaux, tous mes oncles trimaient aussi à l’usine. Le métier de journaliste n’était pas vraiment accessible aux enfants d’ouvriers. La voie obligée c’était plutôt le centre d’apprentissage et le bleu de travail. La télé et la radio c’étaient les voix du pouvoir. Avec Marcel Trillat et Jacques Dupont les gens de la vallée ont compris qu’il existait un autre journalisme, qu’il suffisait de s’emparer des outils et de vaincre la peur face au pouvoir. A Longwy Les sidérurgistes et je compte les femmes car elles ont été à l’avant-garde des luttes ne connaissaient pas la peur. Comme les Normands dans Astérix. Les CRS avaient la trouille des sidés c’est pour cela que l’Etat a envoyé les gardes mobiles. Marcel Trillat a fait un travail formidable avec Michel Olmi le secrétaire de l’UL CGT. Cette radio a donné à la population de Longwy une fierté qui reste encore dans les annales des grandes luttes sociales. Marcel m’a fait comprendre ce que je sentais confusément : Un bon journaliste est d’abord un homme ou une femme en colère. En colère contre les injustices de toutes sortes, contre les mauvaises manières faites aux plus faibles. Un journaliste est un résistant. J’ai croisé la route de Marcel plusieurs fois en Lorraine où il avait gardé des liens forts avec les militants ouvriers. Nous avons immédiatement sympathisé. Un jour je suis passé outre ma pudeur et je lui ai dit merci de m’avoir montré la voie. Il ne savait pas qu’en 1978 un gamin de 14 ans, témoin impuissant d’un monde ouvrier qui s’écroule était collé au poste de radio pour écouter sa revue de presse.
    Bien fraternellement.

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