NextRadioTV : les précaires font les frais de la dette d’Altice

0  -  Article mis à jour le 29 mai 2020
NextRadioTV – environ 1 500 salarié en CDI et 200 intermittents et journalistes pigistes – vient d’annoncer l’abandon de la chaîne RMC Sports News et un recentrage sur ses « marques emblématiques, BFM et RMC ». Premières victimes : les précaires, dont le volume de collaborations « sera divisé par deux ».

Un « projet de reconquête et de transformation, profond et ambitieux » pour « construire un avenir de croissance et de succès avec pour principal objectif de continuer de se développer »… Dans son communiqué de presse du 19 mai, le groupe NextRadioTV (BFM et RMC), filiale du groupe Altice de Patrick Drahi, n’a pas de termes assez mobilisateurs pour qualifier son « plan de reconquête post Covid et de transformation […] présenté ce jour aux représentants du personnel et aux salariés ».

« Les premiers à subir l’après-crise »

Une rhétorique qui tranche amèrement avec les deux seules annonces concrètes faites pour le moment. Tout d’abord, « l’arrêt prochain de la chaîne payante de débat sur le sport, RMC Sport News, ainsi que l’arrêt progressif des compétitions sportives notamment d’Athlétisme, d’Equitation et de Tennis » sur les autres chaînes. « Ce plan, qui concerne l’ensemble de la structure de coûts de NextRadioTV, aura aussi un impact sur les effectifs (CDI, CDD, CDDU, pigistes, intermittents et également consultants) qui ont augmenté de plus de 50 % ces six dernières années : le recours aux intermittents, aux pigistes et aux consultants sera divisé par deux. […] Notre objectif sera de limiter autant que possible l’impact sur les postes en CDI », ajoute Altice France. Les précaires « sont les premiers à subir l’après-crise », dénonce Alban Azaïs, délégué CGT à NextRadioTV, dans un entretien vidéo publié sur le site de l’Humanité.

Pour justifier ces annonces, le groupe invoque « un contexte de marché difficile et inédit », qualifié quelques lignes plus loin de « crise économique majeure ». « Malgré la très grande qualité éditoriale et les audiences records du Groupe, la réalité économique est bouleversée, depuis plusieurs années, par les évolutions du secteur, et désormais par l’écroulement des recettes publicitaires dû à la crise du Covid -19 », développe le communiqué. Parallèlement, NextRadioTV compte se recentrer « autour de ses deux marques emblématiques, BFM et RMC » pour « continuer de développer BFM TV, BFM Business, BFM en région, les RMC, le site BFMTV.com ».

« Pouvoir assurer les prochaines échéances des créances »

Alban Azaïs donne d’autres clés pour décrypter ce plan. Il le met ainsi en parallèle avec l’annonce récente du désengagement d’Altice France de Libération (lire notre communiqué « Libération : « l’indépendance » à quel prix ? ») et évoque la volonté « de désendettement d’Altice France pour pouvoir assurer dans les prochaines années les échéances de créances qui arrivent ».

Patron au départ de l’opérateur de réseau câblé Numericable, le groupe de Patrick Drahi a soudainement pris, en 2014, une importance sans commune mesure, en avalant l’opérateur SFR. Pour financer ses acquisitions, Patrick Drahi a érigé en modèle économique le creusement d’une dette abyssale. Celle-ci a atteint 50 milliards d’euros, pour redescendre à environ 30 milliards d’euros, à coup de reventes successives. En décembre dernier, Altice Europe revendait ainsi 49,9 % de sa filiale Altice Portugal FTTH (fibre) au fonds d’investissement Morgan Stanley, pour un peu plus de 1,5 milliard d’euros.

Les droits TV, « stratégie peut-être pas bonne à terme »

Alban Azaïs revient également sur la course à l’échalote que représentent les droits télévisés de retransmission des compétitions sportives, qui ont explosé ces dernières années, surtout dans le football. Une « stratégie [qui n’était] peut-être pas bonne à terme », commente-t-il. Titulaire des droits de la Ligue des Champions de l’UEFA jusqu’en 2021, RMC Sport a perdu le marché au profit de Canal + et beIN Sport pour la période 2021-2024. Sans compter les pertes liées à l’arrêt des matchs à cause de la crise du Coronavirus.

RMC Sport News est une chaîne payante destinée aux abonnées de SFR. A l’inverse, il y a « la télévision payée à 100 % par la publicité, le modèle de BFMTV, RMC découverte, RMC Story », développe Alban Azaïs. Or, Altice a un plan de développement régional pour BFM TV. Après BFM Paris, le groupe a lancé, par rachat de chaînes de télévision locales, BFM Lyon, BFM Lille et BFM Grand Littoral (Boulogne-sur-Mer, Calais et Dunkerque). Plus récemment, le CSA a autorisé BFM à constituer une société commune, BFM-Vià Régions, avec le réseau local Vià, qui compte une vingtaine de chaînes dans toute la France. Les premières concrétisations dans la diffusion d’informations locales concernent les quatre chaînes de Toulouse, Perpignan, Montpellier et Nîmes.

« Transférer le modèle de BFMTV en régions »

Alban Azaïs explique qu’« à terme, le but est d’acquérir [des chaînes locales] ou de faire des partenariats stratégiques pour transférer le modèle de BFMTV en régions, être plus proche des cibles et décrocher des marchés publicitaires locaux, aujourd’hui réservés à la presse quotidienne régionale ou aux radios [locales] ». Comme nous l’expliquions dans notre communiqué titré « L’audiovisuel sous Covid-19 : les dessous du confinement », cela se fera « surtout sur le dos de la télévision publique régionale ! C’est bien le réseau France 3 qui est visé, ainsi que son public, fidèle et conforté en ces temps de pandémie, avec un indice de confiance de 78 % (Ipsos) et ses ressources publicitaires locales convoitées ».

Côté contenus, Alban Azaïs craint que le contenu rédactionnel de ces chaînes se calque sur « le modèle de BFM Lyon, très réduit, avec des journaux d’information portés sur le local parfois, quand cela s’y prête, mais sans une présence importante, comme le faisait TLM [Télé Lyon Métropole, rachetée pour créer BFM Lyon] avec une grille quotidienne importante de directs ».

On n’a pas fini d’écrire la chronique des méfaits des « investissements » de Patrick Drahi dans les médias…

Voir l’interview d’Alban Azaïs, délégué CGT à NextRadioTV, sur le site de l’Humanité.

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